Plus de plastique, moins de tri: l'économie circulaire à l'épreuve du Covid-19

Quel peut être le rapport entre la crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés et l'économie circulaire que nous défendons comme un pilier de la transition écologique? Réponse avec le cas des déchets plastiques et des objets à usage unique qui font leur retour en force. Une réflexion de la cellule FEC/RISE (Réseau intersyndical de sensibilisation à l'environnement).

emballages

A priori, nous pourrions penser que le ralentissement exceptionnel de l'économie devrait parallèlement engendrer une réduction importante des déchets produits par cette économie. C'est en partie vrai, dans les secteurs qui ont été à l'arrêt ou qui sont lents à redémarrer.

Intéressons-nous aux secteurs dont l'activité a été maintenue, voire renforcée comme dans le secteur du commerce et les soins de santé. Les constats sont clairs: les mesures sanitaires ont engendré une consommation de déchets supplémentaires, notamment pour mettre en œuvre les barrières sanitaires. C'est le retour en force des objets "jetables": masques, gants, films plastiques, mais aussi le retour d'emballages dont l'usage justement tentait à diminuer, à la suite de la mouvance "zéro déchet" et des directives européennes qui avaient peu à peu modifié les comportements des consommateurs et des producteurs.

Le plastique omniprésent

La crise du Covid-19 nous a apporté des emballages supplémentaires pour les aliments, le refus des contenants personnels pour faire ses courses, mais aussi le développement du  "à emporter" qui par définition, est plus emballé. Ce sont surtout les emballages alimentaires, de la grande distribution et des secteurs de la santé  qui connaissent une hausse de la production très importante: le plastique y est omniprésent.

Un délégué CNE du secteur du commerce témoigne: «Tout ce qui touche à l'écologie et au tri des déchets n'est absolument plus d'actualité. Pire, sous le couvert du virus et du stress permanent, l’enseigne lance un test dans 10 magasins dans lesquels tout ce qui est produit en vrac (pommes, poires, tomates,…) va être réduit au minimum, voire supprimé afin d'éviter les files aux balances et dans ce rayon. Les produits emballés par 4 ou 6 seront mis en avant quel que soit l'emballage. Le recyclage des déchets cartons et plastiques n'a pas changé, juste les produits périmés qui étaient distribués aux associations caritatives ne le sont plus et directement jetés». 

Mouvement inverse à l’économie circulaire

Développer l'économie circulaire passe par la maîtrise des flux entrants et sortants et s’opère notamment par une politique préventive des déchets. Plus concrètement, dans l’exemple des emballages des produits , l’entreprise va mettre en œuvre des dispositifs dans cet ordre de priorité : diminuer la quantité produite, faire en sorte que le plastique soit utilisé le plus longtemps possible et enfin, recycler de façon efficace.

Ce que nous observons dans le cadre de la crise sanitaire va exactement à l'opposé: nous produisons plus de plastique, son usage prôné est "unique" et la part du plastique recyclé disponible est en baisse.

Ces dernières semaines, la collecte sélective a fortement diminué: arrêt des recyparcs et diminution des collectes porte à porte notamment pour les collectes sélectives. Le secteur a dû s'adapter aux nouvelles normes sanitaires et redémarre progressivement. Les entreprises de recyclage font les frais de cette crise et peinent à fournir les entreprises en plastique recyclé. S'ajoutent à cela des prix pétroliers au plus bas et donc du plastique "frais" à bas coût. Conclusion : la part du plastique recyclé dans la production diminue.

Un recul des pratiques qui tombe très mal

Le plastique est une vraie plaie pour l'environnement et la biodiversité. La place qu'il prend dans notre quotidien reste énorme malgré les interdictions progressives. Alors que les entreprises sont soumises à des obligations de réduction d'usage des plastiques qui commençaient vraiment à porter leurs fruits, et que d'autre part les citoyens venaient à peine de modifier leurs habitudes en matière de tri du plastique (contenu des sacs bleus récemment élargi), cette crise du Covid-19 nous montre comment on peut aussi faire des retours en arrière fulgurants.

Dans nos entreprises, un sujet pour le CE et le CPPT

Quel que soit le secteur, le plastique à usage unique revient  en force dans le cadre de la reprise du travail. Il y a donc matière à interpeller les organes de concertation dans de nombreuses entreprises et ce, en parallèle avec les mesures de protection de la santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses.

Même si certains secteurs sont plus impactés que d'autres, les coûts engendrés par ces achats supplémentaires et la gestion des déchets qui en découle seront à coup sûr un élément important des finances de l'entreprise. Le conseil d’entreprise peut mettre en lumière ces coûts supplémentaires et provoquer une réflexion sur les alternatives possibles.

Il est évident que la gestion de ces déchets supplémentaires suppose une adaptation de l'organisation du tri: au CE ou au CPPT, nous devons absolument interroger ce tri et les filières de recyclages qui y sont liées: quelles quantités, quel type de déchet, quelle collecte, quels moyens supplémentaires à mettre en œuvre. Un tableau de bord peut se révéler très utile!

Vous souhaitez en savoir plus sur la manière d’aborder ce sujet dans les organes de concertation de votre entreprise? Consultez la fiche n°10 «Améliorer la gestion des déchets dans les entreprises: priorité à la prévention», disponible sur www.rise.be.

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